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Les photographes

Yohanne Lamoulère


« Faux-bourgs »


Marseille on l’aime ou on la déteste, la ville ne laisse personne indifférent. Curieusement tout le monde a un avis sur la cité phocéenne et encore plus sur les Quartiers Nord, même sans y avoir jamais mis les pieds. Pourtant qui connaît vraiment ces fameux Quartiers ? Qui sait comment les gens y vivent ? Depuis 2009, Yohanne Lamoulère brise ces représentations pour mieux les réinventer en compagnie de ceux qui l’habitent. En 2018, ses photographies ont été réunies dans un ouvrage, Faux-Bourgs, paru aux éditions Le Bec en l’Air. L’écrivain Bruno Le Dantec qui suit le parcours de la jeune photographe le décrit ainsi : « Faux bourgs est une sorte de portrait collectif qui ouvre l’horizon, qui donne à voir une cité invisible. Une ville niée, une ville sans nom. Une ville dont les édiles s’acharnent à avorter l’histoire Une fois épuisé l’essor colonial du port de Marseille, les ex-colonisés ont inventé d’autres échanges avec l’autre rive. Ajoutant une couche au mille-feuilles d’une réalité rarement assumée : Marseille vit et respire par ses habitants, par ses classes populaires, par ses étrangers. Ce fut l’âge d’or du bazar de Belsunce. Ni la chambre de commerce, ni la mairie n’ont su s’en réjouir. Pire, elles ont refoulé cette activité loin des yeux loin du cœur. Chômage de masse, ségrégation territoriale, spéculations… En réponse à l’abandon, les quartiers ont fait feu de tout bois : débrouille, solidarités informelles, petits trafics. Les autorités ont d’abord fermé les yeux, croyant acheter, en parallèle au tissu associatif et aux réseaux clientélaires des élus, une paix sociale à peu de frais. Mais le déni enfante des monstres. Les minots se font des films de fric et de sang. Les marchands de sommeil couchent leurs locataires sous les décombres. Avec des rues requalifiées et des gratte-ciel pleins de vide, des marinas et des casinos fantasmés, des usines à touristes et des musées, les élites vendent une ville qui n’existe pas. Pendant ce temps, pas à pas, cité par cité, parole sur parole, la vraie vie s’entête et se réinvente. C’est ce que montrent, en douce, les images de Yohanne Lamoulère ».

« Yohanne Lamoulère naît en 1980, pas très loin de la Méditerranée. Elle obtient son bac aux Comores, prépare une licence d’histoire de l’art à Montpellier, puis est diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2004, et s’installe finalement à Marseille. Yohanne n’a jamais eu la fibre du portraitiste mercenaire, dont le cadrage gommerait docilement le personnage tombé en disgrâce pour mieux inclure le « fils de » promis à un bel avenir. Elle préfère la compagnie des gens. Pas parce qu’elle en aurait fait un épais concept, mais parce que c’est là où elle vit. Elle met du sien dans ses images sans jamais basculer dans le nombrilisme, cette subjectivité sans fond qui rend le monde plus opaque qu’il ne l’est vraiment ». Bruno Le Dantec.
Yohanne Lamoulère est membre du collectif Tendance Floue.


https://www.yohannelamoulere.fr/


Lieux d'exposition :



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